« Nous voulons d’abord la Paix » ; c’est le cœur du message pastoral de compassion, d’interpellation et d’exhortation publié suite à la dégradation de la situation socio-sécuritaire le 3 juin dernier. L’Évêque de Butembo-Beni hausse le ton et condamne, une fois de plus avec véhémence, l’insécurité quasi endémique qui frappe son entité ecclésiastique.
Mgr Sikuli Paluku Melchisédech rappelle que la Zone pastorale Sud du diocèse vit sous une occupation étrangère facilitée par la complicité de l’AFC/M23. Pendant ce temps, la zone Nord est régulièrement endeuillée par les incursions sanguinaires et les actions meurtrières des ADF-NALU, qui ciblent des familles innocentes depuis des années. L’Ouest du diocèse n’est pas non plus épargné par cette hémorragie sécuritaire, particulièrement sur l’axe Butembo – Manguredjipa, indique le prélat. Parallèlement, Mgr Sikuli Paluku dénonce la recrudescence du banditisme urbain et périurbain à Butembo et Beni, asphyxiant l’économie des populations agricultrices de la région.
« Au moment où une partie du territoire national est sous occupation étrangère et que les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri sont massacrées de manière récurrente par les ADF-NALU, la préoccupation de nos gouvernants semble être ailleurs », souligne Mgr Melchisédech.
L’ordinaire du lieu se désole de voir les dirigeants se focaliser sur un projet de changement de la Constitution, alors qu’il est urgent et impératif de concevoir des réponses adéquates aux attentes profondes de la population.
À la veille du 66ème anniversaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, chaque Congolais devrait s’interroger sur son rôle : contribue-t-il à rendre ce pays « plus beau qu’avant » ou, au contraire, plus sombre ? Pour Mgr Sikuli Paluku, la paix, la justice, la souveraineté et l’intégrité territoriale doivent être les priorités absolues. Malheureusement, le quotidien du pays est dicté par les massacres, l’injustice, la corruption et le tribalisme.Sans mâcher ses mots, l’évêque demande au président de la République, Chef de l’État, de placer la restauration de la paix sur l’ensemble du territoire national au centre de ses priorités, rappelant que la finalité du pouvoir reste le service du peuple. Il appelle également les députés et sénateurs à ne pas se faire complices de la misère de leurs frères et sœurs en cédant à la « politique du ventre » ou à la peur, leur rappelant leur mandat d’hommes d’État élus pour le bien-être intégral de la population.
Mgr Sikuli Paluku exhorte par ailleurs les forces de défense et de sécurité à se remettre en question afin de gagner en efficacité dans leur mission républicaine : défendre l’intégrité du territoire et sécuriser les personnes ainsi que leurs biens. Enfin, il invite les chrétiens et les hommes de bonne volonté à garder une conscience morale en éveil pour ne pas céder aux manipulations politiciennes.
« En tant que citoyens et chrétiens, apprenons à dire oui au bien et non au mal pour bâtir la paix et le développement intégral de notre pays », insiste-t-il, en appelant le peuple à faire preuve de maturité politique et de patriotisme.
L’évêque de Butembo-Beni prie les autorités de placer l’urgence sécuritaire au cœur de l’action publique afin d’éradiquer définitivement ce cycle de violences. La population congolaise, soutient-il, a le droit non seulement de vivre, mais de vivre dans la paix, la dignité, la justice et la réconciliation. Le prélat conclut son message en invoquant l’intercession de la Vierge Marie pour que Dieu bénisse le diocèse de Butembo-Beni, la RDC, l’Afrique et le Monde.
Kakule Kamaliro