La messe matinale a été célébrée comme d’habitude au sanctuaire diocésain MCA-Vuhira de Butembo-Beni, ce mardi 30 juin 2026. Lors de son homélie, le Révérend Abbé Josaphat Mbindule est revenu sur la situation sociale et politique de la République démocratique du Congo. Son intervention s’inscrivait dans le cadre de la commémoration du 66e anniversaire de l’indépendance du pays.
Selon l’Abbé Josaphat Mbindule, la mission des évêques et des pères de l’Église inclut le devoir de dénoncer tout ce qui menace la quiétude des populations. « La Bonne Nouvelle s’adresse aux personnes qui vivent dans la paix. Mais comment prêcher l’Évangile lorsque le pays est morcelé, occupé par des groupes armés étrangers et miné par la corruption ? », s’est-il interrogé.
« Effectivement, c’est aussi la préoccupation des évêques. La révision de la Constitution est possible, car il s’agit d’une œuvre humaine. Mais il faut d’abord instaurer le dialogue et restaurer l’unité du pays, puisque l’unité et le dialogue constituent une force. Si cette force était fédérée, nous aurions déjà trouvé une solution au problème de l’occupation rebelle dans l’Est du pays », a-t-il souligné.
Le prêtre a rappelé que la génération qui a connu une certaine stabilité après l’indépendance a aujourd’hui environ 60 ans. En revanche, beaucoup de jeunes, notamment ceux âgés d’une trentaine d’années, ont grandi dans un contexte de troubles, de violences, de pauvreté et de calamités qui frappent la RDC depuis plusieurs décennies.
Pour illustrer la fragilité de la nation, l’Abbé a repris l’image évangélique de la barque et des vagues : la barque représente la vie des individus, tandis que les vagues symbolisent les flots du mal, de la terreur et de la souffrance. Il a souligné que les apôtres eux-mêmes ont crié de peur et imploré le secours de Jésus face au danger, un appel que, selon lui, les responsables politiques devraient entendre aujourd’hui.
« Les normes de l’État doivent être observées partout dans le pays. Malheureusement, c’est tout le contraire. Les multiples taxes, les questions de sécurité, l’administration de base, entre autres, diffèrent selon les régions. L’histoire de notre pays est largement marquée par le désordre et les tourments. Lorsqu’on possède une parcelle entourée de voisins, il est prudent de tisser de bonnes relations avec eux. Si l’un de vos voisins devient un adversaire ou un ennemi, vous risquez de graves ennuis. C’est un peu ce qui se passe actuellement dans notre pays », a déclaré l’Abbé Josaphat Mbindule.
Le prélat a également dénoncé certaines manœuvres politiques visant à modifier la Constitution et a appelé les dirigeants à orienter leur action vers le bien-être social plutôt que vers des intérêts partisans. « Le non-dit plonge la nation dans la confusion », a-t-il affirmé, ajoutant que la montée des prix et la corruption donnent l’impression que la valeur des biens augmente tandis que celle de l’être humain diminue.
« Plus la valeur des biens augmente, plus celle de l’homme baisse. Aujourd’hui, des meurtres et des assassinats sont commis pour des sommes dérisoires. La vie humaine semble être devenue moins chère dans notre pays, alors que Dieu nous demande de bâtir quelque chose de beau et de durable. Visiblement, nous sommes encore en apprentissage. Certains pensent avoir seuls le droit de s’exprimer sur des sujets importants et refusent ce droit aux autres. Pourtant, avant tout, nous sommes tous des citoyens », a déclaré l’Abbé Josaphat Wasikundi.
Le Révérend Abbé Josaphat Mbindule a également appelé à une véritable indépendance mentale et à l’unité nationale. Il a déploré qu’aujourd’hui certains enfants peinent même à reproduire la carte de la RDC et a demandé que la réunification du pays demeure une priorité pour les autorités comme pour chaque citoyen.
« La révision de la Constitution n’est pas la solution à la misère qui frappe la RDC », a conclu l’Abbé Josaphat Mbindule, docteur en liturgie et enseignant au philosophat Regina Pacis de Vuhira, dans le diocèse de Butembo.
Gustave Kavyavu