« Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas ». C’est par ce verset tiré du livre d’Isaïe que les prêtres séculiers du diocèse de Bunia ont intitulé leur déclaration rendue publique le mercredi 20 août 2025, à la suite d’un nouveau cas de profanation signalé à la propédeutique Saint Kizito de Bunia.
Dès l’ouverture de ce message, les prêtres disent être consternés par la détérioration inquiétante de la situation sécuritaire en Ituri, particulièrement entre juillet et août 2025. « Au nom de notre sollicitude pastorale envers le peuple de Dieu et de notre rôle prophétique dans le monde », affirment-ils, « nous ne pouvons rester indifférents face aux souffrances indescriptibles et injustes infligées au peuple iturien par les ennemis de la paix. »
Ils rappellent que le 21 juillet 2025, la paroisse Saint Jean de Capistran de Lopa a été profanée. Dans la nuit du 26 au 27 juillet, une attaque meurtrière attribuée aux terroristes ADF a frappé le centre de négoce de Komanda. Plus de 40 fidèles ont été tués dans la grande salle de la paroisse Bienheureuse Anuarite, des dizaines d’autres blessés, plus de 40 jeunes de la Croisade Eucharistique enlevés, tandis que maisons et véhicules étaient incendiés. Dans la nuit du 19 au 20 août 2025, vers 23h45, la propédeutique Saint Kizito de Bunia a subi l’assaut d’hommes armés qui ont brisé des vitres, menacé un prêtre, volé des biens de valeur, ouvert le tabernacle et profané les saintes espèces en les jetant à terre.
« Cette crise s’est étendue à Nizi, Inga Barrière, Tchomia, Nyamamba, Boga, provoquant des déplacements massifs des populations à la recherche de sécurité », déplorent les prêtres.
Dans le document dont RTMCA.NET a reçu copie, les séculiers dénoncent aussi le comportement déplorable de certains agents de l’ordre, accusés de collusion avec des miliciens dans des tueries et autres exactions contre des civils innocents. Ils condamnent l’inefficacité des forces de sécurité, l’incitation à la haine et les menaces proférées contre l’Église catholique sur les ondes de la Radio-Télévision FRDC-Ituri.
Rappelant que la mission de l’Église est d’œuvrer pour la paix, la réconciliation, la cohabitation pacifique et le développement socio-économique sans distinction de race ou de tribu, les prêtres insistent : « L’échec de l’état de siège est une évidence, révélant presque l’absence de l’autorité de l’État. »
Ils dénoncent également la complicité criminelle entre certaines unités des FARDC et la milice CODECO, ainsi que l’inefficacité de la MONUSCO, présente depuis 25 ans sans parvenir à protéger les civils.
Les prêtres interpellent la communauté nationale et internationale, affirmant que « la vie humaine, sacrée, est aujourd’hui bafouée en Ituri ». Ils adressent plusieurs recommandations :
Au gouvernement central : travailler pour l’unité des Ituriens, lever immédiatement l’état de siège qui aggrave la crise. Au pouvoir judiciaire : diligenter une enquête crédible pour juger les auteurs des crimes. Aux députés nationaux et provinciaux : porter fidèlement le cri du peuple iturien aux instances compétentes. Au chef d’état-major des FARDC : remplacer l’actuel porte-parole en Ituri, jugé irrespectueux envers l’évêque de Bunia et promoteur de discours de haine ; fermer la Radio-Télé FRDC-Ituri ; relever les officiers qui s’adonnent à des affaires au détriment de leur mission. Aux FARDC : assumer pleinement leur rôle de défense. À la MONUSCO : se retirer de l’Ituri, après ses échecs répétés. Aux groupes armés : déposer immédiatement les armes.
En conclusion, les prêtres expriment leur espoir que leur cri de détresse sera entendu et que des solutions urgentes et durables seront trouvées pour la paix en Ituri. Ils appellent les fidèles et les hommes de bonne volonté à persévérer dans la prière. « Que la Très Sainte Vierge Marie, Reine de la Paix, intercède pour le diocèse de Bunia et pour la République Démocratique du Congo, notre beau pays », ont-ils conclu.
Suivez l’intégralité de leur déclaration en cliquant ci-dessous :