septembre 6, 2026

Le sanctuaire diocésain Marie Consolatrice des Affligés, MCA-Vuhira, a vécu ce vendredi 4 septembre 2026 une journée particulière de prière et d’enseignement à l’occasion du premier vendredi du mois, consacré dans l’Église catholique à la vénération du Sacré-Cœur de Jésus-Christ. Cette journée, qui rassemble habituellement de nombreux fidèles venus de différents coins de la région de Butembo-Beni, s’est déroulée cette fois dans un contexte sanitaire particulièrement préoccupant, marqué par l’épidémie de maladie à virus Ebola.

En raison de cette situation sanitaire, le sanctuaire n’a pas connu l’affluence habituelle des milliers de chrétiens lors des premiers vendredis. Les activités religieuses ont été organisées principalement dans la chapelle Mater Misericordiae du sanctuaire, où plusieurs centaines de fidèles ont pris part à la prière et à l’enseignement. D’autres centaines de chrétiens ont également suivi les activités depuis l’extérieur de la chapelle, dans le respect des mesures de surveillance et de prévention sanitaire.

Malgré cette présence réduite par rapport aux habitudes, la dimension spirituelle de cette journée est demeurée intacte. Les fidèles ont été invités à vivre ce premier vendredi dans la prière, la méditation et la confiance en Dieu, tout en restant responsables face au contexte sanitaire.

L’ÉGLISE FACE AUX « CHOSES NOUVELLES »

C’est l’abbé Jean Marie Vyalema qui a facilité l’enseignement du jour autour du thème : « La technologie au service du bien commun et de la dignité de tous : méditation sur Rerum novarum, lettre du pape Léon XIII, et Magnifica Humanitas, lettre du pape Léon XIV. »

Dans son intervention, le prêtre a proposé une réflexion sur les transformations technologiques qui marquent profondément la société contemporaine. Pour introduire son propos, il a établi un parallèle entre deux périodes historiques séparées par plus d’un siècle : la Révolution industrielle observée par le pape Léon XIII à la fin du XIXᵉ siècle et la révolution numérique, notamment celle de l’intelligence artificielle, à laquelle l’Église est confrontée aujourd’hui.

L’abbé Jean Marie Vyalema a rappelé que le pape Léon XIII avait publié Rerum novarum le 15 mai 1891, à une époque où le développement des usines, l’urbanisation et les nouvelles formes de travail bouleversaient profondément la société. Le développement industriel apportait certes de nouvelles possibilités économiques, mais il exposait également de nombreux travailleurs à la pauvreté, à de longues journées de travail et à des conditions difficiles.

Face à cette situation, Léon XIII avait placé au centre de sa réflexion la dignité de la personne humaine, les droits des travailleurs, le salaire juste, la protection de la famille, le droit d’association ainsi que les responsabilités de l’État et la recherche du bien commun.

Pour l’abbé Jean Marie Vyalema, la question posée par Léon XIII demeure actuelle, même si le contexte a changé : le progrès est-il réellement au service de l’homme ?

DE LA MACHINE À L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Selon l’enseignement proposé au sanctuaire MCA-Vuhira, la société contemporaine connaît à son tour une profonde transformation, cette fois sous l’effet de l’intelligence artificielle, des téléphones intelligents, d’Internet et des réseaux sociaux.

L’abbé Jean Marie Vyalema a expliqué que, comme la machine industrielle avait profondément transformé le monde du travail au XIXᵉ siècle, l’intelligence artificielle transforme aujourd’hui l’éducation, la communication, la recherche, le travail, l’économie et même certaines activités intellectuelles.

La question fondamentale reste donc la même : que devient l’être humain lorsque les outils qu’il a créés deviennent plus puissants et plus présents que jamais dans sa vie ?

L’objectif de l’Église, selon cette réflexion, n’est pas de rejeter la technologie. Il s’agit plutôt d’aider les chrétiens et la société à discerner son usage afin que les nouvelles technologies contribuent véritablement au développement humain.

L’abbé Jean Marie Vyalema a ainsi insisté sur la nécessité de ne jamais sacrifier l’être humain au profit du progrès. Si, au temps de Léon XIII, il fallait éviter que l’homme soit réduit à un simple instrument du capital ou de la production, l’époque actuelle exige également de veiller à ce que l’homme ne devienne pas un instrument de la technologie.

« RESTER PROFONDÉMENT HUMAINS »

Une partie importante de l’enseignement a porté sur le principe de la primauté de l’être humain face à la technologie. À l’ère des téléphones intelligents et de l’intelligence artificielle, l’homme peut facilement devenir dépendant des outils qu’il utilise quotidiennement. Le téléphone accompagne désormais de nombreuses personnes dès le réveil jusqu’au coucher. Il sert à communiquer, à travailler, à s’informer, à se divertir, à étudier et même à prier.Mais cette omniprésence comporte également des risques.

L’abbé Jean Marie Vyalema a invité les fidèles à se demander si leurs outils numériques restent réellement à leur service ou s’ils commencent à prendre le contrôle de leur temps, de leur attention et de leurs relations.La technologie, a-t-il expliqué dans son enseignement, doit permettre à l’homme de mieux vivre, de mieux communiquer et de mieux servir les autres. Elle ne doit pas l’isoler, l’asservir ou lui faire perdre le sens de la relation humaine.

Ainsi, le véritable défi n’est pas seulement de savoir utiliser les nouvelles technologies, mais de savoir les utiliser sans perdre son humanité.

LE TÉLÉPHONE : UN OUTIL UTILE, MAIS À UTILISER AVEC DISCERNEMENT

L’enseignement a accordé une place particulière au téléphone portable, devenu aujourd’hui un outil presque indispensable dans la vie quotidienne.

L’abbé Jean Marie Vyalema a reconnu les nombreux avantages du téléphone et du numérique. Grâce à ces outils, les personnes peuvent communiquer rapidement avec leurs familles, leurs amis, leurs enseignants et leurs collègues, même lorsqu’elles sont éloignées géographiquement.

Internet permet également d’accéder rapidement au savoir. Pour les jeunes, le téléphone peut devenir une véritable bibliothèque de poche donnant accès à des livres, des cours, des conférences et différentes ressources éducatives.

Le numérique peut aussi faciliter le travail et l’apprentissage à distance. Dans le domaine religieux, il peut être utilisé pour lire la Bible, écouter des enseignements, suivre des célébrations, participer à des formations spirituelles et partager la Parole de Dieu.

La technologie peut donc être un véritable instrument d’évangélisation lorsqu’elle est utilisée de manière responsable. Mais cet outil comporte également des dangers lorsque son usage devient excessif ou incontrôlé.

QUAND LE TÉLÉPHONE MENACE LE SILENCE ET LA PRIÈRE

L’un des risques évoqués par l’abbé Jean Marie Vyalema concerne la perte du silence.Le téléphone peut interrompre constamment les moments de repos, de réflexion, de conversation ou de prière. Notifications, appels, messages, vidéos et réseaux sociaux sollicitent continuellement l’attention de l’utilisateur. Or, la vie spirituelle nécessite également des moments de silence et de recueillement.

L’enseignement a ainsi invité les fidèles à s’interroger sur le temps qu’ils consacrent quotidiennement à leurs appareils numériques et celui qu’ils consacrent à Dieu.

Certains peuvent passer plusieurs heures devant leur téléphone tout en ne consacrant que quelques minutes à la prière. Dans ce cas, le risque est de voir le divertissement prendre progressivement la place de la vie spirituelle.

Le téléphone peut également provoquer une dispersion intérieure. La succession rapide des images, vidéos et messages peut rendre difficile la concentration et le recueillement.

Le chrétien est donc appelé à préserver certains moments de sa journée : la prière, la participation à la Messe, la lecture de la Parole de Dieu, mais aussi les échanges familiaux et les conversations importantes.

« SUIS-JE LE MAÎTRE DE MON TÉLÉPHONE OU SON ESCLAVE ? »

Pour aider les fidèles à réfléchir à leur rapport au numérique, l’abbé Jean Marie Vyalema a proposé plusieurs questions de conscience.

Mon téléphone me rapproche-t-il de Dieu ou m’en éloigne-t-il ? Combien de temps est-ce que je consacre à mon téléphone et combien de temps à Dieu ? Suis-je le maître de mon téléphone ou suis-je devenu son esclave ? Ces interrogations invitent à un usage plus responsable du numérique.

L’enseignant a notamment encouragé les chrétiens à éviter l’utilisation du téléphone pendant la prière, la Messe, les conversations importantes ou les repas communautaires. Il a également recommandé de prévoir quotidiennement des périodes sans écran afin de retrouver le silence, la concentration et la qualité des relations humaines.

LES « CODES NUMÉRIQUES » DE LA VIE SPIRITUELLE

Pour rendre son enseignement plus concret, l’abbé Jean Marie Vyalema a utilisé plusieurs images inspirées du fonctionnement des appareils numériques.

Il a notamment comparé la vie spirituelle à la batterie d’un téléphone. Tout comme un téléphone doit régulièrement être rechargé pour continuer à fonctionner, l’âme humaine a besoin d’être « rechargée » par la prière, l’écoute de la Parole de Dieu et les sacrements.

Le réseau constitue une autre comparaison. Sans réseau, un téléphone ne peut pas communiquer. De la même manière, une personne qui perd sa relation avec Dieu risque de perdre progressivement sa direction spirituelle.

Les « virus » numériques ont également été comparés aux mauvaises habitudes, aux mauvaises fréquentations et aux influences négatives qui peuvent détruire progressivement la vie intérieure.

Enfin, comme un téléphone a besoin de mises à jour, la vie chrétienne nécessite également un renouvellement permanent et une conversion continuelle.

Cette comparaison a permis de rappeler aux fidèles que la technologie peut être utilisée comme un moyen pédagogique pour mieux comprendre certains aspects de la vie spirituelle.

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE NE DOIT PAS REMPLACER LA CONSCIENCE

La deuxième grande partie de l’enseignement a porté sur l’intelligence artificielle. L’abbé Jean Marie Vyalema a reconnu que l’IA peut aujourd’hui accomplir de nombreuses tâches : rechercher des informations, résumer des documents, traduire des textes, comparer des contenus, proposer des idées ou encore aider à rédiger.

Cependant, il a appelé les fidèles à ne pas abandonner leur capacité personnelle de réflexion.L’intelligence artificielle peut être un assistant, mais elle ne doit pas devenir la conscience de l’être humain.

Ainsi, l’utilisateur peut demander à l’IA : « Aide-moi à réfléchir », mais il doit éviter de lui confier entièrement sa capacité de discernement. Il peut demander de l’aide pour préparer un travail, mais il doit continuer à comprendre, vérifier et assumer ce qu’il produit.

Pour l’abbé Jean Marie Vyalema, le développement de l’intelligence artificielle doit donc être accompagné par la responsabilité, la transparence, la vigilance et le respect de la dignité humaine.

PROTÉGER LES INFORMATIONS CONFIDENTIELLES

L’enseignement a également abordé la question de la confidentialité dans l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Les fidèles ont été invités à éviter d’introduire dans des outils d’IA des informations confidentielles concernant d’autres personnes.

De même, l’utilisation de l’intelligence artificielle pour déformer volontairement les propos d’une personne, modifier son message dans le but de lui nuire ou exploiter son image pour obtenir un avantage constitue une pratique incompatible avec un usage responsable de la technologie.

Dans cette perspective, la technologie doit servir la vérité et la dignité des personnes plutôt que devenir un instrument de manipulation.

UNE TECHNOLOGIE AU SERVICE DU BIEN COMMUN

Au terme de son enseignement, l’abbé Jean Marie Vyalema a rappelé que le progrès technologique ne peut être considéré comme une fin en soi.

La technologie doit rester un moyen permettant de promouvoir le bien commun, la justice, la paix, la solidarité et le développement humain.

Cette vision rejoint, selon l’enseignement, la continuité entre Rerum novarum et la réflexion contemporaine de l’Église sur les nouvelles technologies.

En 1891, Léon XIII se demandait comment protéger la dignité humaine dans une société transformée par l’industrie. Aujourd’hui, la question consiste à savoir comment préserver cette même dignité dans une société profondément transformée par l’intelligence artificielle et le numérique.

La réponse proposée demeure centrée sur l’homme : la technologie doit être au service de la personne et non la personne au service de la technologie.

DES RÈGLES POUR UN USAGE RESPONSABLE DU NUMÉRIQUE

L’enseignement a ainsi proposé plusieurs attitudes que les communautés chrétiennes peuvent adopter : respecter les moments de silence et de prière, éloigner les téléphones pendant les conversations importantes, prévoir des périodes quotidiennes sans écran, privilégier la rencontre réelle lorsque cela est possible et utiliser l’intelligence artificielle sans remplacer le discernement personnel.

Les fidèles ont également été encouragés à examiner régulièrement leur propre usage du numérique.

L’objectif n’est donc pas de condamner le téléphone, Internet ou l’intelligence artificielle, mais de permettre à chacun de retrouver une relation équilibrée avec ces outils.

L’abbé Jean Marie Vyalema a résumé cette démarche autour de cinq attitudes : observer, discerner, utiliser, contrôler et orienter vers le bien.

UNE JOURNÉE DE PRIÈRE DANS UN CONTEXTE SANITAIRE PARTICULIER

Après cet enseignement, les fidèles ont pris part à la célébration eucharistique présidée par l’abbé Jean Marie Vyalema.

La Messe a été concélébrée par deux autres prêtres, dont l’abbé Blaise Ndungo Kikwaya Daniel. La célébration a constitué un autre temps fort de cette journée consacrée au Sacré-Cœur de Jésus-Christ.

L’abbé Blaise Ndungo Kikwaya Daniel a par ailleurs présidé la prière de délivrance qui a ponctué cette journée de prière au sanctuaire.

Cette célébration s’est tenue alors que la région reste confrontée à une situation sanitaire préoccupante liée à la maladie à virus Ebola. La réduction de l’affluence au sanctuaire et l’organisation des fidèles dans et autour de la chapelle Mater Misericordiae témoignent de la volonté de maintenir la vie spirituelle tout en tenant compte des exigences sanitaires.

Les centaines de chrétiens présents à l’intérieur de la chapelle et ceux qui ont suivi les activités depuis l’extérieur ont ainsi vécu cette journée dans un climat de prière, mais également sous la surveillance des dispositifs sanitaires.

Pour permettre aux fidèles empêchés de se déplacer en raison du contexte sanitaire, mais aussi à ceux qui se trouvaient à distance, toutes les activités de ce premier vendredi ont été retransmises en direct par la Radio-Télévision MCA-Vuhira. Les célébrations et enseignements ont ainsi été accessibles au-delà du sanctuaire, notamment à travers la plateforme numérique de la radio, www.mcavuhira.com, permettant aux chrétiens de rester en communion spirituelle malgré les restrictions liées à la situation épidémiologique.

Réginald Karem Been Vasambya

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