Des centaines de fidèles ont pris part, ce vendredi 4 septembre 2026, à la messe du Sacré-Cœur de Jésus-Christ, célébrée dans la chapelle Mater Misericordiae du sanctuaire diocésain Marie Consolatrice des Affligés (MCA-Vuhira). La célébration eucharistique a été présidée par l’abbé Kavusa Vyalema Jean-Baptiste, qui a consacré son homélie à une réflexion sur le jeûne, la conversion personnelle, la charité et le danger des jugements précipités portés sur les autres.
S’appuyant sur l’Évangile selon saint Marc, le prêtre a expliqué l’interrogation des pharisiens adressée à Jésus au sujet du jeûne de ses disciples. Ceux-ci voulaient comprendre pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnaient pas comme les disciples des pharisiens et de Jean-Baptiste. Jésus leur répond en utilisant l’image de la noce : les invités ne peuvent pas jeûner tant que l’Époux est avec eux. Mais lorsque l’Époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront.
Pour l’abbé Kavusa, cette parole doit être comprise à la lumière de la mission du Christ. Jésus est le Messie attendu, celui dont la venue avait été annoncée et préparée notamment par la prédication de Jean-Baptiste. Le jeûne faisait partie des démarches de préparation des personnes qui attendaient le Sauveur. Avec la venue du Christ, cette attente a pris une nouvelle dimension. Toutefois, après sa mort, sa résurrection et son ascension, les chrétiens demeurent dans l’attente de son retour glorieux.
Le jeûne, une préparation à la rencontre avec le ChristL’abbé Kavusa Vyalema Jean-Baptiste a ainsi rappelé que le jeûne garde sa place dans la vie chrétienne comme un moyen de se préparer à la rencontre avec le Seigneur.
Mais, a-t-il insisté, jeûner ne signifie pas uniquement se priver de nourriture. Le jeûne doit être compris comme un véritable renoncement capable de conduire à la charité et à la transformation personnelle.
Le chrétien peut, par exemple, renoncer à certaines dépenses, à certains plaisirs ou à certains aliments, et consacrer ce qu’il économise à une personne qui souffre ou qui manque du nécessaire.
« Le jeûne doit nous conduire vers l’autre », tel est, en substance, le message développé par le célébrant. Car, lorsque le chrétien donne à manger à celui qui a faim, apporte son soutien à celui qui souffre ou vient en aide à une personne en difficulté, il pose un acte directement lié à sa foi au Christ.
Le prêtre a ainsi rappelé l’enseignement de Jésus : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire… » Pour lui, le jeûne chrétien ne peut donc pas être séparé de la solidarité et de l’amour du prochain.
Dans un contexte difficile, partager devient une expression du jeûne
L’appel au partage a pris une résonance particulière dans le contexte social difficile vécu par de nombreuses familles
L’abbé Kavusa a constaté que plusieurs personnes ne mangent pas trois fois par jour non pas parce qu’elles ont volontairement choisi de jeûner, mais en raison de la pauvreté et des difficultés quotidiennes.
Certaines familles peuvent ainsi passer une journée avec très peu de nourriture, voire sans repas suffisant. Dans ces conditions, le prêtre a invité ceux qui ont davantage de possibilités à penser à ceux qui n’ont rien.
Pour lui, celui qui dispose d’un repas peut choisir d’en partager une partie avec une personne dans le besoin. Et celui qui ne dispose que d’un seul repas dans la journée est également appelé à reconnaître cette nourriture comme une grâce et à rendre grâce à Dieu.
Un jeûne qui respecte la situation de chacunDans son homélie, l’abbé Kavusa a également rappelé que le jeûne chrétien ne doit pas être pratiqué de manière aveugle au détriment de la santé.
Les personnes malades doivent tenir compte de leur état et des exigences liées à leur traitement. Les personnes âgées peuvent également être dispensées de certaines obligations liées au jeûne. Il en est de même pour les femmes enceintes, qui doivent veiller à leur santé et à celle de l’enfant qu’elles portent.
Le but du jeûne, a-t-il expliqué, n’est donc pas de détruire le corps, mais de favoriser la maîtrise de soi, la conversion, la foi et la charité.
« Le vin nouveau doit être mis dans des outres neuves »
Poursuivant son commentaire de l’Évangile, le prêtre a également insisté sur l’image du vin nouveau et des outres neuves.
Pour lui, le vin nouveau représente la grâce reçue de Dieu, notamment à travers les sacrements, tandis que les outres neuves renvoient au cœur du chrétien appelé à être renouvelé.
Il ne suffit donc pas de recevoir les grâces de Dieu ; il faut également permettre à ces grâces de produire des fruits dans sa vie.
Le chrétien est ainsi appelé à se convertir chaque jour, à reconnaître les bienfaits de Dieu et à faire des efforts pour abandonner progressivement ses mauvaises habitudes.
L’abbé Kavusa a notamment proposé une autre forme de jeûne : jeûner de la médisance, des insultes, de la calomnie, de la jalousie et de tout ce qui fait du mal au prochain.
Celui qui avait l’habitude d’insulter doit apprendre à se taire. Celui qui médise constamment doit renoncer à la médisance. Celui qui fait du mal à son prochain doit chercher à changer. Pour le célébrant, ce jeûne intérieur peut devenir une véritable voie de transformation.
« Ne jugez donc pas avant le moment fixé »
Cette invitation à la conversion a conduit l’abbé Kavusa vers un autre thème central de son homélie : le jugement porté sur les autres.S’appuyant sur la première lettre de saint Paul aux Corinthiens, il a rappelé que l’être humain ne possède pas la connaissance parfaite du cœur de son prochain.
Saint Paul reconnaît ne rien avoir à se reprocher, mais ajoute que cela ne signifie pas qu’il est juste, car celui qui le juge est le Seigneur. Il invite donc les chrétiens à ne pas juger avant le temps fixé, avant la venue du Seigneur.Pour l’abbé Kavusa, cette parole constitue un avertissement contre la tendance à condamner rapidement les autres.
« Nous voyons les fautes des autres, mais pas toujours les nôtres »
Le célébrant a déploré cette tendance à observer facilement les défauts du prochain tout en oubliant de regarder ses propres faiblesses.
Une parole, une attitude, une erreur ou un comportement suffit parfois pour que quelqu’un soit immédiatement condamné. Pourtant, explique-t-il, personne ne connaît entièrement ce qui se passe dans le cœur d’une autre personne.
« Si nous pouvions ouvrir le cœur de chacun et voir tout ce qui s’y trouve caché, nous aurions probablement peur », a-t-il développé.
Il ne s’agit pas pour autant de dire que le mal n’existe pas. Le mal reste le mal et le péché reste le péché. Mais le jugement définitif sur la personne appartient à Dieu.
L’abbé Kavusa invite donc les chrétiens à faire la différence entre dénoncer le mal et condamner une personne.
Se regarder soi-même avant de regarder les autresPour le prêtre, la conversion commence par soi-même.
Avant de chercher les erreurs des autres, chaque chrétien est appelé à examiner sa propre vie : ses paroles, ses comportements, ses intentions et ses faiblesses.
Il a ainsi exhorté les fidèles à ne pas passer leur temps à observer les défauts des autres pour ensuite les raconter autour d’eux.Le chrétien doit plutôt se demander : « Que dois-je changer dans ma propre vie ? Quelles sont mes propres faiblesses ? Que dois-je présenter à Dieu ? »
Cette démarche d’humilité permet, selon lui, de mieux comprendre les autres et d’éviter les condamnations injustes.
Un appel à éviter les jugements prématurés
L’abbé Kavusa a également insisté sur les conséquences des jugements prononcés trop rapidement.
Une personne peut se retrouver dans une situation difficile pour des raisons que son entourage ignore. La condamner immédiatement peut conduire à une erreur et devenir, plus tard, une source de regret.
Il a donc invité les fidèles à faire preuve de patience, de tolérance et de discernement avant de tirer des conclusions sur la vie d’une autre personne.
Le chrétien est appelé à reconnaître qu’il ne possède pas toutes les informations et que Dieu seul connaît parfaitement les cœurs.
Le Sacré-Cœur de Jésus, modèle d’un amour qui ne condamne pasCette réflexion a finalement conduit l’abbé Kavusa à revenir au mystère célébré ce vendredi : le Sacré-Cœur de Jésus.
Pour lui, le cœur du Christ est un cœur qui déborde d’amour et de miséricorde. Il a invité les fidèles à contempler Jésus qui accepte de mourir sur la croix pour le salut de tous.Le sang du Christ versé sur la croix, a-t-il rappelé, est destiné à tous. Il a ainsi prié pour que ce sang précieux purifie les cœurs des fidèles et enlève en eux toute « semence » de jugement, de mépris, de jalousie et de condamnation.
Le Christ devient ainsi le modèle que le chrétien doit imiter : au lieu de répondre au mal par la condamnation, il est appelé à privilégier l’amour, la patience, la miséricorde et la conversion.
« Que notre cœur ressemble à celui du Christ »
Au terme de son homélie, l’abbé Kavusa Vyalema Jean-Baptiste a invité les fidèles à faire du Sacré-Cœur de Jésus une référence pour leur vie quotidienne.Il les a encouragés à mettre le « vin nouveau » dans des « outres neuves », c’est-à-dire à accueillir les grâces de Dieu dans des cœurs réellement renouvelés.
Cette transformation doit se traduire concrètement par l’abandon des mauvaises habitudes, le partage avec les personnes qui souffrent, le refus de la médisance et des insultes, ainsi que par la volonté de ne pas condamner précipitamment les autres.
« Seigneur Jésus, doux et humble de cœur, transforme nos cœurs afin qu’ils ressemblent au tien », telle est l’une des prières qui a résumé le message du célébrant.
À travers cette célébration au sanctuaire diocésain MCA-Vuhira, l’abbé Kavusa Vyalema Jean-Baptiste a ainsi proposé aux fidèles un chemin de conversion qui dépasse la simple abstinence alimentaire : jeûner du mal, partager avec celui qui souffre, se convertir chaque jour et laisser à Dieu le jugement des cœurs.
Réginald Karem Been Vasambya