Les fiançailles constituent une étape importante dans le processus du mariage en République démocratique du Congo. Pourtant, leur portée juridique demeure méconnue par de nombreuses personnes. Pour éclairer l’opinion sur cette question, RTMCA s’est entretenue, lundi 13 juillet 2026, avec Maître Ranulph Hangi, défenseur judiciaire et enseignant à l’Université de l’Assomption au Congo (UAC).

Selon cet homme de droit, les fiançailles commencent par une démarche familiale au cours de laquelle le jeune homme, accompagné de certains membres de sa famille, se présente officiellement dans la famille de la jeune fille afin de manifester son intention de l’épouser. Cette cérémonie, appelée « fiançailles » dans plusieurs communautés, prépare généralement l’étape de la dot et du mariage coutumier.
« Les fiançailles sont une promesse de mariage. Elles ne se limitent pas à une simple déclaration d’amour entre deux personnes. Il s’agit d’un engagement présenté officiellement devant les familles », explique Maître Ranulph Hangi.
L’expert précise toutefois que les fiançailles ne constituent pas un contrat de mariage et n’obligent pas les deux partenaires à se marier. Chacun conserve la liberté de renoncer au projet matrimonial. Durant cette période, les fiancés peuvent s’échanger des cadeaux ou bénéficier de certains avantages matériels dans le cadre de leur relation.
Cependant, la situation devient plus complexe lorsqu’une rupture intervient de manière abusive. Selon Maître Hangi, la partie qui estime avoir subi un préjudice peut saisir la justice pour obtenir réparation.
« Tous les biens, cadeaux ou avantages reçus dans le cadre des fiançailles peuvent faire l’objet d’une demande de restitution lorsque celles-ci sont rompues abusivement. En fonction des circonstances, le juge peut également accorder des dommages et intérêts à la partie lésée », souligne-t-il.
L’avocat cite notamment le cas d’un fiancé qui abandonne sa partenaire après plusieurs années de relation ou après avoir construit avec elle des projets de vie. Une telle situation peut être considérée comme préjudiciable et ouvrir la voie à une action civile devant les juridictions compétentes.
Au-delà des aspects juridiques, Maître Ranulph Hangi appelle les jeunes à faire preuve de responsabilité, de respect et de bonne moralité pendant la période des fiançailles. Selon lui, même si les fiançailles ne créent pas une obligation légale de fidélité comparable à celle du mariage, elles demeurent une étape importante dans la préparation de la vie conjugale.
« Il n’y a pas d’obligation légale de fidélité entre les fiancés. Cependant, cela ne dispense pas les partenaires d’adopter un comportement responsable et respectueux », explique-t-il. Pour cet enseignant de l’UAC, les futurs conjoints doivent déjà cultiver les valeurs qui favoriseront la stabilité de leur futur foyer.
« Nous cherchons une vie commune qui sera régie par le mariage. Il est donc important de commencer à manifester une bonne moralité, une bonne éthique et du respect envers son partenaire ainsi qu’envers les familles concernées », ajoute-t-il.
L’homme de droit estime également que les fiançailles constituent un moment privilégié pour bâtir la confiance mutuelle. « Le plus important est de préserver une bonne image auprès de sa future belle-famille et de respecter la parole donnée », souligne-t-il. Il met en garde contre les comportements susceptibles de compromettre le projet matrimonial ou de provoquer des conflits entre les familles.
Par ailleurs, Maître Hangi rappelle que les atteintes à la réputation d’un partenaire peuvent avoir des conséquences judiciaires.
« Cela ne sert à rien de porter atteinte à l’image de l’autre. Certaines accusations ou révélations peuvent constituer une imputation dommageable et exposer leur auteur à des poursuites prévues par la loi », prévient-il.
Enfin, l’avocat encourage les jeunes à considérer les fiançailles comme une véritable préparation à la vie conjugale.
« Dès la promesse de mariage, il est prudent d’adopter un bon comportement et de se préparer sérieusement à la vie conjugale. La parole donnée mérite d’être respectée », conclut-il.
En droit congolais, les fiançailles sont régies par les articles 337 à 348 du Code de la famille. L’article 337 les définit comme une simple promesse de mariage qui n’oblige pas les fiancés à contracter mariage. Toutefois, en cas de rupture, les articles 344 à 347 prévoient notamment le remboursement de certaines prestations, la restitution des cadeaux selon les circonstances et la réparation des préjudices causés à la partie lésée. À travers ses explications, Maître Ranulph Hangi invite ainsi les jeunes à considérer les fiançailles non seulement comme une étape coutumière importante, mais aussi comme un engagement qui exige responsabilité, respect mutuel et maturité dans la préparation de la vie conjugale.
Trésor Kihugho